Voyages

P1040903Quand je voyage comme maintenant, m’accompagnent des bouts de vers, morceaux de rimes, balades ; Dans mes pas, sur la route s’égrènent les récitations d’antan,

Les rêves adolescents,

Ivres, là-bas, les merveilleux nuages

Les ors baudelairiens,

vois sur ces canaux dormir ces vaisseaux,

Ils viennent du bout du monde,

les voiliers mallarméens

Lève l’ancre, steamer,

Les bateaux ivres,

les voyelles en couleurs,

les transsibériens, et les cloches de Moscou,

Le quatuor d’Alexandrie

L’immeuble Yaccoubain,

le vieux qui lisait des romans d’amour,

La petite fumée et l’herbe du diable,

Le dessous du volcan,

La vagabonde,

Les Conquérants

, Isabelle Eberhart et Alexandra David Neil

Ella Maillard et P. E. Victor

Nicolas bouvier,

ils marchent avec moi,

nous allons du même pas tranquille et audacieux

qui mène toujours derrière l’autre montagne,

Vois là-bas, le sabla a frémi

Pars ! Pars !

Pendant quelque temps, ce blog laisse place à d’autres images, change de cap, s’attarde au récit de voyage, au concret des pays traversés

Pour ceux qui aiment vous pouvez me retrouver avec  mes compagnons d’aventure, Alain, Thibaut  sur

http://marysev.blog.free.fr

Pour les autres, restez là, je reviendrai de temps à autre, je cherche un livre oublié au fond de moi, dans les immensités australiennes, dans les mines d’or et d’opale, dans les villes anciennes,  je cherche.

¨

le feuilleté de la littérature

Je pars en Austalie, je lis Le chemin des pistes de Bruce Chatwin.

Avec lui, j’apprends que les aborigènes ont depuis la nuit des temps dessiné et chanté leur pays, leurs itinéraires à travers le désert, ils ont ainsi dans la tête d’innombrables représentations artistiques, chantées ou dessinées des chemins et pistes à emprunter; c’est à la fois une carte ou plutôt un topo guide avec l’emplacement des  sources, des arbres à fruits des grottes, c’est aussi un livre de chants comme un livre de poèmes appris par les enfants, c’est un répertoire de chansoons  pour les  soirées entre amis,  et c’est une représentation graphique en couleurs, mnémotechnique de tous les itinéraires pour rejoindre des tribus amies, le tout dans sa mémoire.

Moi, il me manque l’itinéraire de mon arrière grand_oncle perdu en Australie à la fin du siècle dernier.

Je vais bientôt en Nouvelle-Zélande, je lis La Garden Party de Katherine Mansfield; des nouvlles instant suspendues dans un temps assez opaque, un moment,  ces personnages aux vies ratées mais acceptées ont cru que queqlue chose allait changer, une étincelle s’est allumée, une lumière a scintillé et puis s’est éteinte et la vie continue, tragique. Et dans chauqe nouvelle, il y a  la chair de sa vie, son amie Ida dans Les filles du colonel, sa jeunesse orée dans La Garden Party, et la baie, son amour des fleurs et de sesseours de la mer et des plages dans presque toutes.

Pietro Citati dans sa biographie Brève vie de katherine   Mansfield crée une oeuvre sur une oeuvre, il éclaire  sa vie brûlante et contradictoire, ses zones de cruauté et de haine, il les explique. On est autant frappés par le côté morbide et tragique de sa vie que par ses écrits, la destinée romanesque de la  personne a pris la pas sur son oeuvre, mais les  deux sont indissociables, si elle n’avait pas écrit,n=on en connaîtrait pas ses hôtels, ses villas louées, sa maladie.

J’ai conscience de toujours voir un pays, une ville à travers le prisme de la littérature ou d’un regard. En Austalie, je vois avec les yeux de Bruce Chatwin et de mon ancêtre, en Nouvelle Zélande, je verrai à la lumière de  La Garden Party, de la biographie de Citati  et  du journal de Charles Juliet Au pays du long nuage blanc.

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Gabrielle Macé avait parlé l’autre jour à la Bibliothèque de  La part-Dieu à Lyon du feuilleté de la littérature,   Par exemple,  je lis Proust qui lit La Fontaine ou Molière, et à travers toutes ces représentations, ces feuilletés  de réalité, j’appréhende une réalité plus riche, infiniment complexe etchaotoyante

Saute-frontière a 10ans

Chers amis
FAITES DES MOTS QUI DANSENT ce dimanche de 11h 30 à 17h
dans l’ancienne fruitière de Cinquétral dit « le CHALET »
autour de dix mots qui nous relient : COMPLICE, AGAPES, AVEC, ACCUEILLANT etc etc ….
Nous avons concocté pour l’occasion – 10 ans ! – un joli petit programme
qui appelle votre participation pour les jeux oulipiens et le buffet !
En échange nous vous offrons des intermèdes poétiques et musicaux
concoctés par :
les poètes présents : Jacques MOULIN, Maryse VUILLERMET , Alexandre FRIEDERICH,
les comédiens : Muriel RACINE et Daniel VOUILLAMOZ,
les gagnants du concours des dix mots
Jean BOLCATO à la contrebasse et françoise MONNERET dans ses jeux vocaux
sans oublier notre extraordinaire inventeur de l’ENCYCLOPEDIE MUTANTE,

Pascal NORDMANN

Alors, nous ferez-vous l’honneur et le plaisir d’être des nôtres ?????
on l’espère et on vous attend pour faire la fête !
une petite réponse de votre part par retour de mail nous encouragerait !
fraternellement
Marion CIREFICE
Chargée de projet

SAUTE- FRONTIERE
Maison de la poésie transjurassienne
17 grande rue CINQUETRAL
39200 SAINT-CLAUDE
tel : 03 84 45 18 47
marion.cirefice@sautefrontiere.fr
www.sautefrontiere.fr
DImanche 11 Décembre
FAITES DES MOTS QUI DANSENT
à Cinquétral à partir de 11h30
10 ANS DE SAUTE-FRONTIERE

la littérature et le monde du travail

novembre 2011 044 J’ai trouvé un pays où l’on parle ma langue. Depuis si longtemps que je le cherchais!  Ma recherche sur les romans qui représentent le travail est partagée. Au colloque de Porto,  Paul Aron  a parlé des écrivains prolétariens, et de l’Ecole populiste, Corrine Grenouillet a parlé des romans de filiation, de Storti, de Magloire, de Levaray,  de la névrose de classe dont je souffre tant, Chantal Michel a parlé des romans de Beistingel qui était  dans la salle  et qui lui a fait retour jusqu’en 68, aux romans des apprentis.

Pour une fois, je trouvais des collègues qui  avaient lu les mêmes livres que moi,et se posaient les mêmes questions,  j’ai parlé avec  Isabelle Kryslowski  de Monserrat et de Zone mortuaire,  Martine Sonnet nous a parlé d’Atelier 62 que tout le monde avait lu, tous connaissaient Retour à Reims de Didier Eribon.

On a même évoqué Jérôme Maizoz  et son petit livre Jours rouges que j’ai rencontré aux Pérégrinations littéraires et même Besson que Corrine  Grenouillet connaissait grâce à Aragon.

Marie-Pierre Boucher n’a pas parlé des travailleuses du sexe qui est son sujet de recherche mais du cycle des Boldwin de Serge Lamothe, son ami  qui  était dans la salle. Que de jolies surprises!  Et j’ai reconnu  la simplicité et  la modestie de tous ces écrivains et chercheurs, comme si le sujet rendait humble!

Quel beau  pays que ce pays!

Square George et Adèle Besson ou le mystère de la mémoire

automne2011 136Quand c’est toute une ville qui se souvient; George Besson, collectionneur, critique d’art, éditeur, photographe,  oublié pendant quarante ans, se retrouve dans les mémoires des habitants en même temps, au même moment.

Valérie Pujin, conservatrice du musée de l’Abbaye, après des mois de négociations et d’efforts, arrive à rassembler les plus tableaux de la collection et à nous offrir une exposition magnifique du 28 octobre 2011 au 12 février 2012.

Le maire,  Francis Lahaut,  baptise le square face au musée, face à la cathédrale, un des meilleurs emplacements de la ville, square George et Adèle Besson .

J’écris depuis 2009 une biographie,  elle va  paraître chez Cabedita, au printemps.

Un très beau livre de Chantal Duverget sur l’ensemble de la collection paraîtra bientôt. Et soyons-lui reconnaissants, elle -seule,  en le choisissant comme sujet de thèse,  lui avait rendu hommage.

Une ville toute entière a cessé d’oublier.

Petites gouttes de pérégrinations littéraires, Jura, du 13 au 17 octobre 2011

P1040452P1040456La solitude d’Edith Azam, grand et fragile poète, dans les brumes à Croaby, elle se concentre, elle va nous livrer des morceaux de sa chair, de sa douleur, elle va à l’os, elle dénude le nerf, elle plonge tout au fond.

La danseuse, Jason, elle aussi côtoie le vide, à la Roche Blanche, elle le souligne, ses gestes ourlent la falaise.

Ces artistes  sont toutes deux des acrobates de la lumière et des profondeurs.

Je voudrais parler aussi  de la grande humanité de Denise Mutzenberg fondatrice et animatrice  des  éditions Samizdat, en Suisse. Elle me raconte l’aventure de cette maison d’ Editions, entre Histoire et fidélité familiales, le père était typographe, la soeur jumelle écrivain, le fils voyageur et dessinateur. Elle écrit en Romanche, une langue autre, pour ne pas écrire dans la langue et sur le territoire de sa soeur, elle trouve enfin sa langue de poésie.

Jacques Moulin me parle du pays de l’enfance, pays de l’absence, et renacle quand Julien Blaine clame son mépris de la poésie à la queue leu leu. Après,  Julien Blaine explique qu’il désigne par là   la poésie serrée dans les alexandrins, qui l’empêchent de respirer, de se dire, de se gueuler comme la sienne.

Et ses cris sur la place devant la statue de Désiré Dalloz, dédé, dada, daloz, et la place qui devient forum, le drame de la fermeture du village de vacances de Lamoura, qui s’invite, se discute là, rien ne se résout mais la parole est lâchée  et les coeurs parlent.

Ce qu’il faut dire aussi, c’est que le paysage jurassien, sa puissante ossature de falaises, de barres rocheuses, étincelantes,   serties dans les verts coupants des épicéas et les jaunes dorés des foyards, les trous, les abîmes, les précipices, la violente beauté de ces reliefs est Poésie.

Mont-Blanc

photo mont-blancMont Blanc de Fabio Viscogliosi

Fabio Viscogliosi évoque tous les instants entourant la mort  et le deuil « qu’il ne veut pas faire » de ses parents dans l’incendie du tunnel du Mont Blanc. A petites touches légères, petits rebonds de balles bien placées, petits gouttes de pluie sur les toits de zing que son père réparait, petits souvenirs, sensations, retours, amour de la vie, des livres, accueil de la sensation…

Grand livre des petits riens qui me fait beaucoup penser à La Fiancée des oiseaux de René Frégni. ( voir ce blog)

«  Je me dis souvent que, dans les derniers instants, chacun doit être saisi par un sursaut similaire, cette contraction du temps qui s’impose, telle une crispation des viscères, un éternuement, ou un battement de » paupières. Rien d’un regret, non. Une fête en accéléré, plutôt, une brève épiphanie, traversée de coups de sang. »

Ouvriers dans les gares

xian 098Dans la Gare de  Hefei en plein milieu de la Chine, après déjà 20 heures  de train depuis Xian pour aller à Suzou, nous sommes restés quatre à  cinq heures,    assis  par terre ou sur nos valises. Nous étions dans des couloirs formés par des barrières, au bout du couloir,  sur le plafond,  s’affichait l’heure du train qui reculait avec la nuit, 11h, 12h, 1h du matin, la nuit avançait, la pluie claquait sur le toit, les lumières de la gare blafardes usaient les yeux.

La foule compacte de travailleurs chinois, je dis  » travailleurs « parce que  leur allure, leurs vêtements, leurs chaussures, leur bouche où il manquait des dents parfois, leur visage tanné, et surtout, leur démarche un peu gauche,   en étaient le signe

J’ai supposé qu’ils rentraient chez eux  pour une semaine de vacances.  Tous,  ils transportaient des sacs immenses en plastique, des ventilateurs ou de petits appareils électroménagers neufs, des grands cartons renforcés par des ficelles. Par groupe d’hommes,  trois ou quatre hommes, assez jeunes la plupart du temps, quelques femmes sans enfants, à la fois fébriles et fatigués, ils allaient et venaient. J’imaginais l’impatience et la joie d’arriver au village, dans la famille,  de serrer femme,  enfants, parents très âgés dans ses bras,  de distribuer les cadeaux, des babioles pour les enfants, un joli vêtement pour la femme, peut-être un ventilateur, une cafetière électrique, une mini télévision, des biens inestimables gagnés sur les chantiers la nuit et le jour. Beaucoup épuisés étaient couchés par terre la tête sur un carton ou un sac. D’autres allaient remplir d’eau chaude leur boîte de pâtes toutes prêtes.   Nous avions découvert pendant notre voyage ces boites très pratiques de  nouilles lyophilisées, peu de goût, bien consistantes, sur le dessus de la boite,  des baguettes en plastique étaient collées et permettaient de manger instantanément.

Ils nous regardaient longtemps, parfois,  ils s’approchaient en groupes pour se donner du courage et entouraient  Grégoire, et Thibaut, les deux ados qui nous accompagnaient. Ils touchaient  Grégoire, le petit blond, ils caressaient sa peau, ses cheveux, jamais sûrement, ils n’avaient vu un enfant blond, ils s’amusaient de sa petite valise,  de son petit sac à dos. Nous étions leur distraction, leur repos. Mais bien vite, ils retournaient à leur place, tâchaient de dormir, sortaient un jeu de cartes ou un journal, s’endormaient sur la page ouverte.

Plus tard, quand le train arriverait, ce serait la course pour trouver une place, un bout de banquette et un  morceau de tablette pour poser sa tête et dormir encore dix heures, plus,  jusqu’à une autre gare, se dépêcher de   dormir pour réparer le corps, pour faire passer le temps du voyage,  et peut-être dans un ou deux jours,  l’arrivée.

Et j’avais toujours  en tête la gravure que l’amie m’avait offerte, les Italiens à la gare Saint-Lazare. La foule, les vêtements sans couleurs, les balluchons, les corps ployés, la grande verrière et sa lumière blafarde, toujours la même histoire, toujours les  paysans qui vont vers le travail  et j’avais en tête le récit de l’arrivée  d’Italie de ma grand-mère avec ses huit enfants  serrés autour d’elle, sa valise,  son portefeuille avec le précieux papier, la dernière lettre du grand-père que j’ai gardée où il disait  à peu près ces mots,  que j’ai fait traduire cet été :

« Je ne saurais pas quoi te dire de mon retard à te donner de mes nouvelles, mais vu que je savais que dans une semaine , j’aurais reçu un feuillet que tu trouveras lié au présent ; le papier pour te faire tes papiers pour que tu puisses partir enfin toi aussi.  Maintenant il sera ton tour de te presser de faire ce que tu peux et je te recommande de ne donner à personne ce feuillet. Tu le montreras au secrétaire de mairie qu’il te fasse la demande de passeport et puis tu le présenteras à la douane… xian 098xian 102J’ai fait toute la semaine les foins et ce matin, le vent du Nord… Comme je veux espérer que tu puisses partir, fais vite, tu m’aideras à finir les foins, tu comprendras que si je dois faire le terrain tout seul, le travail devient dur…. Rappelle-toi, tu ne donneras pas la carte à personne et rien de plus. »

George Besson, une vie pour l’art et pour le peuple Lecture d’Extraits d’une biographie à paraître

Dans le cadre de l’Exposition George Besson

Au Musée de l’Abbaye de Saint-Claude,

le 24 novembre à 19H,

je lirai des extraits de ma biographie de George Besson

et le making of du livre, sa genèse et son rapport à la ville.

La nouvelle jeunesse, Poèmes frioulans de Pier Paolo Pasolini, Lectures sous l’arbre Chambon-sur-Lignon 2011

La nouvelle jeunesse de Pasolini Lectures sous l’arbre 2011, Chambon sur Lignon

P1040231P1040230Je marche le long des murs de pierre, sous les châtaigniers, je longe le petit cimetière protestant, les tracteurs fauchent le regain tout autour de nous, des fervents, des heureux, devant une comédienne qui lit, un poète,  un philosophe qui expliquent leurs livres.

Je mange à la table de SergeAiroldi. Il  lit le début de son roman Les roses de Samod. Et nous nous sentons les roses du Gers qui se mêlent  à celle d’Arouet en Inde. Nous disons « Proust ? » , il sourit il dit La nouvelle jeunesse de Pasolini, les poèmes frioulans. Il cite « Je viens de pays égaré .»

J’écoute sous l’arbre dans la cour les poèmes de Darwich lus  par Marc Roger

Je vais au Puy entendre contre le mur brûlant de l’église le texte de Danièle Basset

Le mange à l’auberge l’Oustaou avec Micka¨le . J’entends parler de la maison du solitaire de Pierre Loti au fond du pays basqu,  De Didier Gravelinolor et de ses partisans qui se réunissent pour en lire des extarits,  des saisons de Maurice Pons et du poète Elitis,  de Lire en poche à Gradignan et de Rencontres à lire à Dax.

P1040237Au camping municipal, j’ai n très froid mais je suis avec Bruce Chatwin,  j’entends  Le chant des pistes, je cherche l’ici du monde avec Yves Bonnefoy, j’essaie d’être attentif à la chose première, je me dis que moi aussi je vais nommer pour faire venir le monde à l’existence comme les  Aborigènes.

Je suis nourri par le réel plus surprenant plus énergisant que la fiction.

Plus tard,  toujours sous l’arbre, j’écoute Claude Burgelin, mon collègue à Lyon 2, si brillant, si fervent, si juste,  parler des sauteurs d’aujourd’hui. J’entends ses expressions élégantes et puissantes.

« Les romanciers d’aujourd’hui n’habite plus le vieil édifice du roman, l’auteur est aiguillonné d’urgence vitale, il doit aller au vif, aux troncs blancs de l’expérience… Il doit dire le vif, dire «  je »

Puisque les ancrages se défont, les formes sont atteintes au cœur…

 Beaucoup de textes sont des tombeaux à des morts mal enterrés…

En rentrant chez moi,  la soif de lire et d’écrire dure encore.