Mont-Blanc

photo mont-blancMont Blanc de Fabio Viscogliosi

Fabio Viscogliosi évoque tous les instants entourant la mort  et le deuil « qu’il ne veut pas faire » de ses parents dans l’incendie du tunnel du Mont Blanc. A petites touches légères, petits rebonds de balles bien placées, petits gouttes de pluie sur les toits de zing que son père réparait, petits souvenirs, sensations, retours, amour de la vie, des livres, accueil de la sensation…

Grand livre des petits riens qui me fait beaucoup penser à La Fiancée des oiseaux de René Frégni. ( voir ce blog)

«  Je me dis souvent que, dans les derniers instants, chacun doit être saisi par un sursaut similaire, cette contraction du temps qui s’impose, telle une crispation des viscères, un éternuement, ou un battement de » paupières. Rien d’un regret, non. Une fête en accéléré, plutôt, une brève épiphanie, traversée de coups de sang. »

Ouvriers dans les gares

xian 098Dans la Gare de  Hefei en plein milieu de la Chine, après déjà 20 heures  de train depuis Xian pour aller à Suzou, nous sommes restés quatre à  cinq heures,    assis  par terre ou sur nos valises. Nous étions dans des couloirs formés par des barrières, au bout du couloir,  sur le plafond,  s’affichait l’heure du train qui reculait avec la nuit, 11h, 12h, 1h du matin, la nuit avançait, la pluie claquait sur le toit, les lumières de la gare blafardes usaient les yeux.

La foule compacte de travailleurs chinois, je dis  » travailleurs « parce que  leur allure, leurs vêtements, leurs chaussures, leur bouche où il manquait des dents parfois, leur visage tanné, et surtout, leur démarche un peu gauche,   en étaient le signe

J’ai supposé qu’ils rentraient chez eux  pour une semaine de vacances.  Tous,  ils transportaient des sacs immenses en plastique, des ventilateurs ou de petits appareils électroménagers neufs, des grands cartons renforcés par des ficelles. Par groupe d’hommes,  trois ou quatre hommes, assez jeunes la plupart du temps, quelques femmes sans enfants, à la fois fébriles et fatigués, ils allaient et venaient. J’imaginais l’impatience et la joie d’arriver au village, dans la famille,  de serrer femme,  enfants, parents très âgés dans ses bras,  de distribuer les cadeaux, des babioles pour les enfants, un joli vêtement pour la femme, peut-être un ventilateur, une cafetière électrique, une mini télévision, des biens inestimables gagnés sur les chantiers la nuit et le jour. Beaucoup épuisés étaient couchés par terre la tête sur un carton ou un sac. D’autres allaient remplir d’eau chaude leur boîte de pâtes toutes prêtes.   Nous avions découvert pendant notre voyage ces boites très pratiques de  nouilles lyophilisées, peu de goût, bien consistantes, sur le dessus de la boite,  des baguettes en plastique étaient collées et permettaient de manger instantanément.

Ils nous regardaient longtemps, parfois,  ils s’approchaient en groupes pour se donner du courage et entouraient  Grégoire, et Thibaut, les deux ados qui nous accompagnaient. Ils touchaient  Grégoire, le petit blond, ils caressaient sa peau, ses cheveux, jamais sûrement, ils n’avaient vu un enfant blond, ils s’amusaient de sa petite valise,  de son petit sac à dos. Nous étions leur distraction, leur repos. Mais bien vite, ils retournaient à leur place, tâchaient de dormir, sortaient un jeu de cartes ou un journal, s’endormaient sur la page ouverte.

Plus tard, quand le train arriverait, ce serait la course pour trouver une place, un bout de banquette et un  morceau de tablette pour poser sa tête et dormir encore dix heures, plus,  jusqu’à une autre gare, se dépêcher de   dormir pour réparer le corps, pour faire passer le temps du voyage,  et peut-être dans un ou deux jours,  l’arrivée.

Et j’avais toujours  en tête la gravure que l’amie m’avait offerte, les Italiens à la gare Saint-Lazare. La foule, les vêtements sans couleurs, les balluchons, les corps ployés, la grande verrière et sa lumière blafarde, toujours la même histoire, toujours les  paysans qui vont vers le travail  et j’avais en tête le récit de l’arrivée  d’Italie de ma grand-mère avec ses huit enfants  serrés autour d’elle, sa valise,  son portefeuille avec le précieux papier, la dernière lettre du grand-père que j’ai gardée où il disait  à peu près ces mots,  que j’ai fait traduire cet été :

« Je ne saurais pas quoi te dire de mon retard à te donner de mes nouvelles, mais vu que je savais que dans une semaine , j’aurais reçu un feuillet que tu trouveras lié au présent ; le papier pour te faire tes papiers pour que tu puisses partir enfin toi aussi.  Maintenant il sera ton tour de te presser de faire ce que tu peux et je te recommande de ne donner à personne ce feuillet. Tu le montreras au secrétaire de mairie qu’il te fasse la demande de passeport et puis tu le présenteras à la douane… xian 098xian 102J’ai fait toute la semaine les foins et ce matin, le vent du Nord… Comme je veux espérer que tu puisses partir, fais vite, tu m’aideras à finir les foins, tu comprendras que si je dois faire le terrain tout seul, le travail devient dur…. Rappelle-toi, tu ne donneras pas la carte à personne et rien de plus. »

George Besson, une vie pour l’art et pour le peuple Lecture d’Extraits d’une biographie à paraître

Dans le cadre de l’Exposition George Besson

Au Musée de l’Abbaye de Saint-Claude,

le 24 novembre à 19H,

je lirai des extraits de ma biographie de George Besson

et le making of du livre, sa genèse et son rapport à la ville.

La nouvelle jeunesse, Poèmes frioulans de Pier Paolo Pasolini, Lectures sous l’arbre Chambon-sur-Lignon 2011

La nouvelle jeunesse de Pasolini Lectures sous l’arbre 2011, Chambon sur Lignon

P1040231P1040230Je marche le long des murs de pierre, sous les châtaigniers, je longe le petit cimetière protestant, les tracteurs fauchent le regain tout autour de nous, des fervents, des heureux, devant une comédienne qui lit, un poète,  un philosophe qui expliquent leurs livres.

Je mange à la table de SergeAiroldi. Il  lit le début de son roman Les roses de Samod. Et nous nous sentons les roses du Gers qui se mêlent  à celle d’Arouet en Inde. Nous disons « Proust ? » , il sourit il dit La nouvelle jeunesse de Pasolini, les poèmes frioulans. Il cite « Je viens de pays égaré .»

J’écoute sous l’arbre dans la cour les poèmes de Darwich lus  par Marc Roger

Je vais au Puy entendre contre le mur brûlant de l’église le texte de Danièle Basset

Le mange à l’auberge l’Oustaou avec Micka¨le . J’entends parler de la maison du solitaire de Pierre Loti au fond du pays basqu,  De Didier Gravelinolor et de ses partisans qui se réunissent pour en lire des extarits,  des saisons de Maurice Pons et du poète Elitis,  de Lire en poche à Gradignan et de Rencontres à lire à Dax.

P1040237Au camping municipal, j’ai n très froid mais je suis avec Bruce Chatwin,  j’entends  Le chant des pistes, je cherche l’ici du monde avec Yves Bonnefoy, j’essaie d’être attentif à la chose première, je me dis que moi aussi je vais nommer pour faire venir le monde à l’existence comme les  Aborigènes.

Je suis nourri par le réel plus surprenant plus énergisant que la fiction.

Plus tard,  toujours sous l’arbre, j’écoute Claude Burgelin, mon collègue à Lyon 2, si brillant, si fervent, si juste,  parler des sauteurs d’aujourd’hui. J’entends ses expressions élégantes et puissantes.

« Les romanciers d’aujourd’hui n’habite plus le vieil édifice du roman, l’auteur est aiguillonné d’urgence vitale, il doit aller au vif, aux troncs blancs de l’expérience… Il doit dire le vif, dire «  je »

Puisque les ancrages se défont, les formes sont atteintes au cœur…

 Beaucoup de textes sont des tombeaux à des morts mal enterrés…

En rentrant chez moi,  la soif de lire et d’écrire dure encore.

Traveil

travailTraveil

 

Je suis allée voir la maison d’alpage que mon grand-père avait construite dans le Val d’Ayas, pendant plusieurs mois,  avec son frère Henri en 1908. Ils avaient transporté des cailloux, taillé des pierres, monté les murs, acheté ou taillé des portes transportées sur leur mulet,  mis un linteau sur le dessus de la porte  et à la fin, ils avaient gravé:  Louis Henri 1908. Aujourd’hui, la pierre est sur la cheminée du propriétaire du pâturage.

Et la maison est écroulée. Elle s’appelait Traveil.

Je pensais être plus bouleversée, envahie de tristesse, en fait, je suis juste tranquille et intéressée .

Une grande chambre à l’étage avec un lit  pour les parents et des paillasses pour les enfants  qui y dormaient deux par deux, en bas, une pièce cuisine,  laiterie,  fromagerie où dormait la grand-mère.  A côté, l’étable traversée par un ru. Un système ingénieux inventé par les bergers, on détourne une source, on la fait traverser l’étable et ressortir de l’autre côté en purin.  Ainsi,  elle arrose les champs en dessous, on appelle ce purin la laque et on dit que les champs sont enlaqués, ils sont engraissés naturellement.

je ne suis plus nostalgique, je l’ai été très longtemps.  Je suis,  bien-sûr, triste qu’ils n’aient pas eu plus de chance dans ses projets et qu’il soit mort tourmenté. Mais la vie qu’il a eue était celle de la plupart des montagnards. Des familles très nombreuses et  pas un bout de champ à soi, pas une maison, des pièces louées, tout à construire, à la force de ses bras, à la merci d’une mauvaise saison, d’une maladie des bêtes et effrayé et émerveillé  par tous les enfants qui arrivent. Et en plus, le peu qu’il avait,  il a dû le vendre avant de partir et ça n’a pas suffi pour régler ses dettes.

Et pourtant il avait appelé sa montagnette Traveil.

La nostalgie m’a quittée comme un habit de clown triste  à grands plis et couleurs criardes qui tombe, laissant apparaître un corps jeune et musclé. je n’ai plus besoin d’elle, j’aimais sa larme facile, ses chatoiements émotionnels, sa gamme infinie d’états d’âme intéressants, ses tristes et beaux poèmes, l’ inspiration si littéraire, qu’elle m’a donnée longtemps. Je ne veux plus rien lui devoir, lui demander, ni mon écriture, ni la certitude d’un paradis perdu,  je vais là-bas en touriste, je ne veux rien refaire, rien avoir à moi de ce petit boit de terre,  juste un souvenir  ému, filial, normal.

La nuit d’après a résonné d’espoir

nuitfolieambianceLK les saltimbanquesA Fourvière, ce 31 juillet, la nuit d’après organisée par le forum des réfugiés a résonné d’espoir.

Idir et sa voix envoûtante, Sansevérino et son énergie insolente, LK Saltimbanques qui nous ont fait crier longtemps « Il faut rien lâcher » et enfin Les têtes raides .

C’était magique!

Mais tout autour de nous,  des réfugiés attendaient même cette nuit-là, leurs papiers, un logement, un travail , la paix dans leur pays. Ils souriaient, applaudissaient, chantaient comme nous, mais ils n’étaient pas heureux.

une journée sans écriture

Une journée sans écriture

J’ai eu le soleil, les figues de l’arbre, la gentillesse de l’invité, la bonne chère que je lui avais préparée, l’effervescence d’Alain, une bise de mes filles de passage, une visite de ma sœur, un coup de fil de l’autre sœur, les mésanges délirantes le matin sur le bord du toit, le pied de  courge qui s’avance sur la terrasse, les enfants en guirlande dans la piscine, leur babil  le soir à table, leur foot  après le repas, vigoureux  et malhabile, leurs rires dans la chambre quand tous les matelas ont été déménagés dans la même chambre, j’ai eu la lecture de Giono, Naissance de l’odyssée, et carte de la Bienne que j’avais commandée qui représente exactement le lieu de mon futur roman. J’ai eu tout ça mais je n’ai pas eu l’écriture et ma journée est presque gâchée.

Il faudrait que je préserve ce temps comme une lionne, un temps protégé par des remparts, arrêté, photos Jura fleurs bleues gardé,  rien que pour ça, comme une séance d’analyse, une messe pour les catholiques, la promenade des retraités, le tour au jardin des jardiniers.

Lectures au jardin

photos Jura et fete80ansDédéjuin 2011 138Un tout petit vent ce dimanche, des lecteurs et lectrices timides : Est-ce que tu crois que je peux lire? Je lirai s’il y a de la place.

 Timides pour lire mais impérieux dans leurs convictions, amoureux fervents des textes, connaisseurs subtils, créateurs déjà avancés dans le chemin.

 Marie-Jeanne et ses poèmes de regard, Françoise et sa salle des profs, féroce et drôle, Marie-Hélène en dialogue avec sa maladie, Jean-Luc et ses mots précis pour dire des villes aux images puissantes, Alain et le cadeau de sa belle voix, Babette et le discours sur la misère, magistral, Claire et la prière de Giacommetti.

Tous en dialogue avce Daniel et sa harpe.

Et les listes de Claire, et les dessins de Thierry, les colliers de Marie-hélène.

C’était un moment navajo, c’est-à-dire un moment suspendu, d’harmonie.

Ecrire avec Patrick Laupin

patrick LaupinAtelier avec Patrick Laupin

Une petite dizaine de passionnés, Marie-Do, restauratrice à La petite madeleine, Anne, institutrice, Jeanne, Claude, Monique et sa sœur qui viennent en train, Régis,  Jeanne….

Nous sommes chez  un psychanalyste, il y a des livres d’analyse, des bouquets…

Et Patrick Laupin.

Pendant longtemps,  il parle de sa voix d’or et nous on écoute, on note, la consigne  d’écriture arrive,   glissée au milieu de tous ses mots, de tous les livres dont il nous parle, des écrits des enfants malades, des collégiens, des  souvenirs  de sa mère,  de son enfance, de ses doutes. Il est le  partageur inquiet, le donneur fiévreux, ses livres,  qu’il mélange, sont entièrement annotés, soulignés, il écrit sur les pages de garde, les impaires, partout, son écriture se répand, impérieuse et tout en lisant  des passages de ses compagnons d’écriture, Duras, Proust, Michelet, Leynaud, Platon, Bednarski, Grossman, Baudry, Morgiève, il nous livre ses secrets :

 Je partage avec vous quelques-uns des mots retenus :

« L’écriture, c’est quelque chose qui bouge à l’intérieur du corps et qui emporte du précieux. On perd rien à penser que ça vous a été donné par quelqu’un d’autre.

On a tous été un enfant sans parole, infans, celui qui reste muet auprès des choses, l’aphasie originaire.

Des pages surgissent des biographies et nous éclairent sur l’humain.

Rentrer dans le lieu où on est créateur, un lieu précieux comme de l’or, on peut mourir si on l’oublie.

Il y a une écriture dans l’écriture,  ce qui cherche à parler.

Ramener quelque chose au jour, l’enfant mal accueilli est prêt pour la dissolution et l’éclatement

Il n’y a rien de pire que chercher à bien écrire, c’est dans les liens, les mots sont bifides,  à double entrée, il faut se laisser faire par eux.. 

Chacun est digne d’une histoire

Ecrire le côté faible, quelque chose qui s’avance et se trouve presque dépouillé … là où on est pataud, là où on boite.

Trouver son identité d’écriture

Ecrire sur les cachettes du temps, les plis du tissu, où il n’a pas bougé,  où il est blotti, intact

On a beaucoup d’inquiétude, on ne devrait pas. C’est toujours quelque chose  du côté de la vie, ne  pas se moquer de l’informe, de l’immobile 

Où ça peut naître ? L’acte courageux d’accepter de se tromper.

La voix devient mémorielle du début à la fin. »

Anne, une vie pour la montagne, le tome 4 de Hommes et paysages du Jura est sorti

Tome 4 de la série Hommes et paysages du Jura, le parcours d’une Jurassienne qui a pratiqué tous les métiers de la montagneBAT-COUVERTURE-HMJ444 et qui s’interroge sur les changements et les mutations du paysage liés aux activités des hommes, tourisme d’hiver et d’été, agriculture, sylviculture, exode rural…

Le livre est conçu et coordonné par Thibault Gladel, illustré par Desmond Bovey et les photographies sont de Gérard Benoît-à-la-Guillaume.