Parti voir les bêtes, Anne-Sophie Subilia, Zoe.

 

Parti voir les bêtes, Anne-Sophie Subilia,  Zoe,  2017.


C’est le deuxième roman d’une jeune romancière suisse que je découvre grâce aux amies libraires de chez Zadig  à Saint-Claude.

Le titre sonne comme un mot laissé sur la table, mais c’est aussi l’activité principale du personnage qui passe son temps à aller marcher dans les pâturages et à écouter les oiseaux.

Le texte s’adresse à lui dans un « tu » à la fois familier et étonné, parfois agacé. En effet, ce quadragénaire est revenu vivre dans le village de son enfance dans le pays roman au pied du Jura, là où son grand-père avait une ferme et un atelier de menuiserie qu’il a dû vendre parce qu’aucun de ses enfants n’était intéressé. Mais il ne s’agit pas d’un retour à la terre car « la terre » n’existe plus mitée par les lotissements, les autoroutes, les ronds-points et l’immense chantier prévu.

Pourtant, il est là, au bistrot, chez la coiffeuse solaire et attirante, avec son neveu à qui il transmet les gestes du grand-père ; il est là, il flâne, se couche dans l’herbe, créé des objets en bois dans l’atelier prêté par le voisin . Il est là,  avec ses colères, contre son père qui a laissé partir la ferme du grand-père, contre le temps qui tue l’enfance et la forêt, contre lui-même qui ne trouve pas sa place et qui ne peut pas avoir d’enfant car il est stérile.

Mais le village et ses habitants sont plus forts que la colère et que tous leurs ennemis, il se transforme certes, on entend parler anglais à l’épicerie, et les touristes arrivent mais la rivière, les lumières, les chants d’oiseaux et l’atelier restent.

C’est un roman sur la mutation du monde rural et de ses habitants qui aurait eu la tentation de la nostalgie mais qui a su la transformer en un hymne à la singularité des paysages.

« Tu dis que c’est une contrée à deux vitesses, faite pour des cœurs différents. […] D’un côté, il y a ce que tu refuses de comprendre: pourquoi les gens ne se promènent plus à pied, pourquoi ils veulent tous une maison, pourquoi ensuite on les voit plus de la journée et que la maison reste close jusqu’à ce qu’ils rentrent à tout allure y dormir[…]. Et d’un autre, il y a ce que tu aimes. Ta contrée sent fort. La bête, la paille, la châtaigne. Ça sent la transhumance, le foin qui roule dans l’écurie. Ça travaille avec les saisons. Sur l’heure du midi, la fourche reste piquée dedans longtemps. Ça t’embrume comme un trésor »

De l’aube au soir

Non, pas encore, pas encore, la panique quotidienne devant la fin du jour, que celui-là, celui-là ne se transforme pas en nuit, que cette soirée simple reste soirée. Assise dans le jardin, je retiens ce jour qui déjà grise le haut du cèdre et brouille la ligne fine de ses branches, le merle est encore tout fou mais le chat passe le mur et traverse, de très loin, il revient chez lui, il a senti lui aussi l’angoisse du soir, les voitures se précipitent sur les ralentisseurs,  les travailleurs rentrent chez eux, en écoutant les radios. Je ne bouge pas. Je guette et je me demande ce que j’ai fait de ce jour-là,  que tout cela ne coule pas entre mes doigts serrés. Je me suis levée tôt, j’ai bu un demi-litre de café, j’ai parlé à Alain, j’ai écrit un tout petit peu, préparé deux repas en un, mangé devant la télé, téléphoné à ma mère, mes filles, des amis m’ont appelée, j’ai organisé des petites sorties, enlevé des herbes au jardin, parlé à Alain, et le jour est fini, le cèdre est encore plus sombre, et le bas du mur noir, le flot des voitures ralentit, les chiens du fond de l’impasse ont aboyé, j’ai un peu froid, je reste immobile, je voudrais être si observatrice que je verrais passer les secondes, en « robes surannées comme les  défuntes années ».

Je voudrais les supplier de m’accorder un peu de répit, je vois le temps qui passe comme une étoile file, déjà dans l‘école,  de l’autre côté du jardin, les femmes de ménage ont terminé et vont actionner les volets roulants, le voisin va venir fermer son portail, il ferme de plus en plus tôt, il fatigue Dino, il fatigue, il me l’a dit.

Moi, je refuse de fermer les volets, parce que de mon lit, je profite du jour jusqu’à son dernier souffle et le matin, les mésanges me réveillent quand il fait encore nuit.

Je sais qu’il faut lâcher prise,  accepter la marche du temps,  le passage des jours mais je m’arcboute, me révolte,  je lutte, je ne me résigne pas.

J’ai froid, rentrer dans la maison, allumer les lampes et penser au repas du soir m’est une défaite insupportable.

Alors vite,  réfléchis, où est la poésie de ta journée ? Le mot, le geste, la rencontre qui feront trace et dépôt dans ta mémoire. Tu n’as presque pas bougé de ton village mais de l’aube à ce soir frais, refais le tour en pensée, et égrène, trie, enrobe, tu prends le coup de fil à ta mère et tu gardes son rire,  elle qui n’a presque jamais ri,  dans sa grande vieillesse,  rit souvent et pour un rien, c’est cadeau, puissant talisman.

Prends la conversation avec ton voisin, il a travaillé toute sa vie en haut d’une  grue, il a 80 ans, vous ne parlez que du temps et du gel, mais chaque jour, il fait un effort,  sort son sourire de petit garçon, son haussement d’épaule un peu adolescent,  une expression, chaque jour, il cherche. Aujourd’hui j’ai dit je suis allée chez le dentiste ; il répond  oh moi, je n’y vais pas, si j’y allais,  il se sauverait en courant, il prendrait peur. Il a toujours quelque chose d’insolite à dire. Parfois,  il marche jusqu’au bar au bout de la rue et s’assoit un moment tranquillement, parfois, il prend sa voiture et va voir ses copains gardiens de la déchetterie, et il revient avec une nième   vieillerie, un aspirateur, une cafetière électrique, une petite télévision, un ventilateur, et il va la réparer dehors,  debout, pour mieux guetter les passants et leur dire à chacun quelque chose  de spécial auquel il  réfléchit.

Et sa femme va hurler parce que,  dans sa cour, il y a déjà trois,  quatre tas,  montagnes, piles recouverts de bâche en plastique,  des planches, tôles, plaques de ferraille,  pièces de toutes dimensions et formes, parce qu’il pourrait en avoir besoin. Donc retenir la bouche de Cha

Non, pas encore, pas encore, la panique quotidienne devant la fin, du jour, que celui-là, celui-là ne se transforme pas en nuit, que cette soirée simple reste soirée. Assise dans le jardin, je retiens ce jour qui déjà grise le haut du cèdre et brouille la ligne fine de ses branches, le merle est encore tout fou mais le chat passe le mur et traverse, de très loin, il revient chez lui, il a senti lui aussi l’angoisse du soir, les voitures se précipitent sur les ralentisseurs,  les travailleurs rentrent chez eux, en écoutant les radios. Je ne bouge pas. Je guette et je me demande ce que j’ai fait de ce jour-là,  que tout cela ne coule pas entre mes doigts serrés. Je me suis levée tôt, j’ai bu un demi-litre de café, j’ai parlé à Alain, j’ai écrit un tout petit peu, préparé deux repas en un, mangé devant la télé, téléphoné à ma mère, mes filles, des amis m’ont appelée, j’ai organisé des petites sorties, enlevé des herbes au jardin, parlé à Alain, et le jour est fini, le cèdre est encore plus sombre, et le bas du mur noir, le flot des voitures ralentit, les chiens du fond de l’impasse ont aboyé, j’ai un peu froid, je reste immobile, je voudrais être si observatrice que je verrais passer les secondes, en « robes surannées comme les  défuntes années ».

Je voudrais les supplier de m’accorder un peu de répit, je vois le temps qui passe comme une étoile file, déjà dans l‘école,  de l’autre côté du jardin, les femmes de ménage ont terminé et vont actionner les volets roulants, le voisin va venir fermer son portail, il ferme de plus en plus tôt, il fatigue Dino, il fatigue, il me l’a dit.

Moi, je refuse de fermer les volets, parce que de mon lit, je profite du jour jusqu’à son dernier souffle et le matin, les mésanges me réveillent quand il fait encore nuit.

Je sais qu’il faut lâcher prise,  accepter la marche du temps,  le passage des jours mais je m’arcboute, me révolte,  je lutte, je ne me résigne pas.

J’ai froid, rentrer dans la maison, allumer les lampes et penser au repas du soir m’est une défaite insupportable.

Alors vite,  réfléchis, où est la poésie de ta journée ? Le mot, le geste, la rencontre qui feront trace et dépôt dans ta mémoire. Tu n’as presque pas bougé de ton village mais de l’aube à ce soir frais, refais le tour en pensée, et égrène, trie, enrobe, tu prends le coup de fil à ta mère et tu gardes son rire,  elle qui n’a presque jamais ri,  dans sa grande vieillesse,  rit souvent et pour un rien, c’est cadeau, puissant talisman.

Prends la conversation avec ton voisin, il a travaillé toute sa vie en haut d’une  grue, il a 80 ans, vous ne parlez que du temps et du gel, mais chaque jour, il fait un effort,  sort son sourire de petit garçon, son haussement d’épaule un peu adolescent,  une expression, chaque jour, il cherche. Aujourd’hui j’ai dit je suis allée chez le dentiste ; il répond  oh moi, je n’y vais pas, si j’y allais,  il se sauverait en courant, il prendrait peur. Il a toujours quelque chose d’insolite à dire. Parfois,  il marche jusqu’au bar au bout de la rue et s’assoit un moment tranquillement, parfois, il prend sa voiture et va voir ses copains gardiens de la déchetterie, et il revient avec une nième   vieillerie, un aspirateur, une cafetière électrique, une petite télévision, un ventilateur, et il va la réparer dehors,  debout, pour mieux guetter les passants et leur dire à chacun quelque chose  de spécial auquel il  réfléchit.

Et sa femme va hurler parce que,  dans sa cour, il y a déjà trois,  quatre tas,  montagnes, piles recouverts de bâche en plastique,  des planches, tôles, plaques de ferraille,  pièces de toutes dimensions et formes, parce qu’il pourrait en avoir besoin. Donc retenir la bouche de Charles qui ferait s’enfuir un dentiste.

Et puis j’ai eu l’AMAP, l’association pour le maintien d’une agriculture paysanne où je vais chaque semaine chercher mon panier. Le gars des fruits explique que ses pommiers ont gelé, et qu’il construit un  nouvel hengar avec des murs en paille,  il a besoin de volontaires pour le samedi,  en paille ?  je pense à la maison des petits cochons.

Et puis il y a Mitzou Pouget et Annie Fornelli, des camarades d’associations. Elles me racontent comment est morte la fille d’une autre amie. Elle était allée à une fête sur le campus de la Doye, et elle a voulu monter sur le toit d’une usine désaffectée, pour voir le soleil se lever. Quelque chose qui se fait à la fin des fêtes. Ses amis étaient fatigués, ils voulaient rentrer,  ils n’ont pas voulu monter,  son petit ami leur disait au revoir avant de grimper l’échelle, elle,  elle s’est élancée la première et,  en arrivant sur le toit, elle a dû trébucher. Parce que son petit ami a entendu son corps s’écraser juste à côte de lui. Non, ce n’est pas un suicide, elle a trébuché, ce n’était pas du tout son genre,  elle était aventureuse et amoureuse de la vie, elle était partie un mois seule faire de la marche, elle faisait des tas de choses très audacieuses, elle n’avait peur de rien. Elles ont parlé des funérailles où le prêtre a réussi à déculpabiliser les parents.

Et voilà que ces deux événements suffisent, la nuit peut tomber désormais, le jour est plein, j’ai ce que j’appelle la poésie de ma journée, des faits uniques, la bouche de Charles et la chute de la petite qui voulait vivre si fort qu’elle avait, à vingt ans,  déjà plus vécu que beaucoup mais elle a trébuché au moment où le soleil se levait.

Rentre,  va faire chauffer la soupe,  comme disait ta mère et réjouis-toi d’être là.

rles qui ferait s’enfuir un dentiste.

Et puis j’ai eu l’AMAP, l’association pour le maintien d’une agriculture paysanne où je vais chaque semaine chercher mon panier. Le gars des fruits explique que ses pommiers ont gelé, et qu’il construit un  nouvel hengar avec des murs en paille,  il a besoin de volontaires pour le samedi,  en paille ?  je pense à la maison des petits cochons.

Et puis il y a Mitzou Pouget et Annie Fornelli, des camarades d’associations. Elles me racontent comment est morte la fille d’une autre amie. Elle était allée à une fête sur le campus de la Doye, et elle a voulu monter sur le toit d’une usine désaffectée, pour voir le soleil se lever. Quelque chose qui se fait à la fin des fêtes. Ses amis étaient fatigués, ils voulaient rentrer,  ils n’ont pas voulu monter,  son petit ami leur disait au revoir avant de grimper l’échelle, elle,  elle s’est élancée la première et,  en arrivant sur le toit, elle a dû trébucher. Parce que son petit ami a entendu son corps s’écraser juste à côte de lui. Non, ce n’est pas un suicide, elle a trébuché, ce n’était pas du tout son genre,  elle était aventureuse et amoureuse de la vie, elle était partie un mois seule faire de la marche, elle faisait des tas de choses très audacieuses, elle n’avait peur de rien. Elles ont parlé des funérailles où le prêtre a réussi à déculpabiliser les parents.

Et voilà que ces deux événements suffisent, la nuit peut tomber désormais, le jour est plein, j’ai ce que j’appelle la poésie de ma journée, des faits uniques, la bouche de Charles et la chute de la petite qui voulait vivre si fort qu’elle avait, à vingt ans,  déjà plus vécu que beaucoup mais elle a trébuché au moment où le soleil se levait.

Rentre,  va faire chauffer la soupe,  comme disait ta mère et réjouis-toi d’être là.

Agenda 2017


  30 novembre  Rencontre et lecture d’extraits à  18h 30 à la Librairie Le Parnasse à Genève

19 novembre, Parlons livres, maison de pays de Mornant, rencontre-signature  de 14h 30 à 19h.Lecture Tous ont droit à mon récit à 15H

23 24 Septembre, Festival Poésie en Matheysine,  lectures croisées, ateliers d’écriture, programme complet     http://avaulxprojets.fr/poesie2017.php

4 juillet restitution de l’atelier de la MJC de Chaponost dans le cadre du caveau des lettres à 20h au restaurant Un air de campagne

17  juin Atelier d’écriture et balade poétique en compagnie d’Emmanuel Merle et de Florentine Rey à la maison Messiaen, sur invitation de l’association Avaux Projets

4 juin, invitée au  Festival   Montagn’Arts 2017en Valbonnais , http://www.lesmontagnarts.org/tout-sur-l-edition-2017/programme2017.html lecture rencontre sur le thème de la mine et du travail, lecture d’extraits de Pars! Travaille!  édité à  la Rumeur Libre en 2014.

31 mai , Rencontre organisée par  l’association l’Improbable  autour de mon récit Pendulaires frontaliers les ouvriers du temps,  18H 30, MJC Saint-Jean Lyon

avril  Présélection pour le prix Lettres frontières

Janvier sortie de la revue Rumeurs n° 2,  j’y ai publié Ecrire avec Patrick Laupin , collectant les textes écrits en une année dans son atelier.

Article 353 du code pénal, Tanguy Viel, Editions de minuit, 2017

Article 353 du code pénal,  Tanguy Viel,  Editions de minuit 2017

Martial Kermeur vient d’être arrêté par la police et s’explique à son juge d’instruction. Il retrace tous les événements qui l’ont amené à jeter à la mer Laznec, un promoteur escroc. Il raconte son licenciement de l’arsenal de Brest, son divorce, la garde de son fils lui-même en prison pour « une très grosse bêtise ». Il raconte comment il a investi la totalité de sa prime de licenciement dans le projet immobilier de Laznec, et comment,  peu à peu,  il s’est rendu compte que beaucoup dans le village,  dont le maire,  avaient fait la même chose et comment Laznec dépensait leur argent mais ne construisait jamais le complexe immobilier qui devait tous les rendre riches.

 L’auteur réussit à nous faire entendre la voix de cette  double victime,  victime d’un licenciement et victime d’un escroc plus malin, plus riche et plus culotté que lui, comment devant lui,  justement il n’avait pas les mots. Le monologue est hypnotisant,  jamais ennuyeux, car on est constamment aux cotés de Martial,  on a cru avec lui qu’il s’achèterait un beau bateau de pêche, et que son fils serait fier de lui, mais non,  il s’est fait mener en bateau.

Et ce que l’auteur montre sans insister mais avec une grande finesse,  c’est la désespérance de ces petites villes que le travail a déserté alors que tous, y compris le maire,  votent à gauche, leur impuissance,  leur  honte qui les amènent  à croire n’importe quel bateleur qui,  au nom du progrès,  du tourisme,  du développement,   les fait rêver à un autre avenir. Il montre aussi le délitement de la famille quand le père perd travail et honneur.

Martial à son juge et pour une fois parle,  dans une logorrhée irrépressible,  et parce que le juge (c’est-à-dire nous, lecteur)  écoute et comprend et prendrait presque son parti.

C’est un roman dont la construction est subtile et dont le propos est sensible et intelligent.

Marlène, Philippe Djian, Gallimard, 2017

Marlène Philippe Djian, Gallimard 2017

 

Dan et Richard, les héros,   sont deux vétérans d’Afghanistan. Amis de toujours, ils se sont protégés pendant toute la  guerre, mais de retour chez eux, ils tentent de se reconstruire de façon très différente. Dan tâche d’oublier en travaillant,  en étant sérieux et méticuleux dans ses exercices  de sport, Richard   au contraire est flambeur, tricheur et délinquant. Autour d’eux,  gravitent la femme et la fille de Richard, une adolescente en révolte et surtout , la belle-sœur, femme libre, enceinte, et dont on ne sait jamais si elle dit la vérité sur son passé et son présent.

L’imminence d’une catastrophe est palpable, poisseuse, le style est minimaliste et c’est le secret de Djian, de créer, à chaque nouveau roman et  à chaque phrase,  une surprise, une image, un renversement de perspectives qui nous tient en haleine dans cette fuite en avant dont on sait  que de toute façon la fin sera tragique.

Pas déçue, beau travail  !

Ouvrages collectifs Haut-Jura

 Des hommes et des paysages tome 2 François, contrebandier, Texte Maryse Vuillermet

DessinsDesmond Bovey

Photos Gérard Benoit-à-la-Guillaume

Documentation Thibault Gladel

 

Des Hommes et des paysages, tome 3, Etienne colporteur


 

Même équipe

 

 

 


Des hommes et des paysages, tome 4, Anne, une vie pour la montagne

Même équipe

 

 

 

Des hommes et des paysages, tome 5, Agathe enquête de paysages

Même équipe

 

 

 

Ouvrages collectifs, communication et recherche

 

50 exercices de communications, être soi avec les autres , Chronique sociale, Claudie Grantham, Katherine Legay, François Martel,  Maryse Vuillermet

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

Les sept péchés capitaux en jugement, le verdict du populaire, Michèle Fontana, Mireille Piarotas, Maryse Vuillermet

 

Voyage vers l’autre, lecture publique à l’auditorium de Chaponost mardi 28 mars à 20H 30

Vents du monde

 

« Tout bien considéré, il n’y a que deux sortes d’hommes dans ce monde, ceux qui restent chez eux et les autres » Kipling

VIDEO 1   « Danse avec les hommes »

 1 – Laurent Maréchaux  Ecrivains voyageurs  

 2 – Charles Baudelaire  Voyage 

«  Les grands voyageurs ont ceci de merveilleux que leur enchantement commence avant le départ même. On ouvre un atlas, on rêve sur les cartes » J. Kessel

CHANSON 1 «  Mon village au bout du monde »  Joe Dassin

 Premier tableau PARTIR

 3 – Jacques Lanzmann  Partir 

CHANSON 2 «  Partir » Julien Clerc

«  Je ne sais pas qui a dit, partir c’est crever un pneu, mais il avait raison » Coluche

«  Les voyages, ça forme la jeunesse, je te dis pas dans quel état ça met les valises » Coluche

4 – José-Maria De Hérédia  Les conquérants

  5 – Françoise Lapeyre : prologue du roman Les voyageuses françaises

  6 – Isabelle Autissier  L’amant de Patagonie

«  Il n’y a plus beaucoup de liberté dans le monde, c’est entendu, mais il y a de l’espace » S. Tesson

VIDEO 2

«  Le vrai voyageur ne sait pas où il va » proverbe chinois

« En vérité, je ne voyage pas, moi, pour atteindre un endroit précis, mais pour marcher : simple plaisir de voyager. »   Robert Louis Stevenson

   7 – Jean Louis Etienne Persévérer 

CHANSON 3 «  Emmenez-moi »  Charles Aznavour

 8 – Jon Krakauer  Into the Wild + vidéo

CHANSON 4 : « Heureux qui  comme Ulysse »  Georges Brassens

  9 – Régis Jauffret   Cannibales

« Et une fois ces frontières franchies, nous ne redeviendrons jamais plus tout à fait les misérables pédants que nous étions » Nicolas Bouvier    Cymbales tibétaines

«  Ce que je déteste à l’étranger, à part les étrangers eux-mêmes bien sûr, c’est qu’ils parlent pas français et, selon le pays, ils parlent pas le même étranger » Coluche

VIDEO 3 : «  danse avec les hommes »

10 –   Catherine Clément  Théo

  1.   Stefan Sweig  Magellan 

«  Les français ça voyage mal, c’est comme le camembert »  Coluche

 12 – Théodore Monod,  Vent de sable 

CHANSON 5  « La vie Théodore »  Alain Souchon

Deuxième tableau  VOYAGES IMMOBILES      

 « Peu importe qu’un Pierre Lazareff reproche à Cendras de n’avoir jamais pris le transsibérien. Seule compte sa réponse cinglante : «  qu’est- ce que ça peut vous foutre, si je vous l’ai fait prendre à tous ? »

« Le voyage n’est nécessaire qu’aux imaginations courtes ». Colette.

CHANSON 6 «  Mon p’tit loup »  Pierre Perret

 13 – Jules Vallès  L’enfant 

 14 – Arthur Rimbaud  Le bateau ivre 1-2 -6

  15 – Philippe Soupault : West we go

Troisième tableau   LES MIGRANTS

Certains voyagent pour le plaisir, par curiosité pour rencontrer l’autre,  mais d’autres  sont arrachés à leur pays et jetés sur les routes et les mers, alors ils partent, n’importe où,   le corps plein de larmes et le cœur d’effroi, juste pour survivre.  

CHANSON 7 « Complainte du  phoque en Alaska » Beau Dommage

 16 – Tahar ben Jelloun La rose des eaux

 17- Erri De Luca    Raconter est un luxe et moi, je ne suis pas très forte pour dire ce qui s’est passé. Toi, tu es un écrivain, ça te semble naturel, tu es dans ton courant, mai moi ce n’est que par erreur, par hasard, que j’arrive à mettre une personne à coté de moi quand je raconte mon voyage

18 –  Maryse Vuillermet Et toi ton pays, il est où ? 

CHANSON 8 « Moi,  mes souliers… » Félix Leclerc

 19 –  Jacques Prévert  Etranges étrangers  

CONCLUSION

Chanson de ZAZ « On ira » Les lecteurs sont  Françoise Barret,  Nicole Beneyton, Gabrielle Botazzi, Guy  Charmeton   Marie Celdran, …Nicole Larmagnac, Maryse Vuillermet

L’accompagnement musical  est l’œuvre de Jacques Bihet  

Mon récit Pendulaires frontaliers, les ouvriers du temps est dans la présélection du Prix Lettres Frontière!

  1. Après de longues heures de lectures et débats, le jury français et suisse a présélectionné 20 ouvrages pour son 24e Prix Lettres frontière :

    Région Auvergne-Rhône-Alpes:
    Ahmed Tiab, Le Français de Roseville L’aube
    Maryse Vuillermet,Frontaliers pendulaires, les ouvriers du temps, La rumeur libre
    Grégoire Domenach, Pysanka, Carnet d’Art
    Patrice Gain, La naufragée du lac des dents blanches, Le mot et le reste
    Emmanuel Venet,Marcher droit, tourner rond, Verdier
    Arhtur Bernard,Tout est à moi, dit la poussière, Champ Vallon
    Philippe Langenieux-Villard, La Course à l’oubli, Héloïse d’Ormesson
    Olivier Paquet, Jardin d’hiver, L’Atalante
    Julien Delmaire, Frère des astres, Grasset
    François Garde, L’effroi, Gallimard

    Suisse romande :
    Claire Genoux, Orpheline, Bernard Campiche
    Brigitte Hool, Puccini l’aimait, L’Age d’homme
    Oscar Lalo, Les contes défaits, Belfond
    Michel Layaz, Louis Soutter, probablement, Zoé
    Silvia Härri, Je suis mort au soir d’été, Bernard Campiche
    Mélanie Richoz, Un garçon qui cour, Slatkine
    Matthieu Ruf, Percussions, Ed. de l’Aire
    Elisa Shua Dusapin, Hiver à Sokcho, Zoé
    Pierre Willequet, Histoire d’un qui s’en alla, Slatkine
    Pierre Béguin, Condamné au bénéfice du doute , Bernard Campiche

    Sélection finale (10 ouvrages) le mercredi 23 avril….

Les cassés

Les cassés

J’aime poser des questions sur les vies, Et puis après ? Et pourquoi il a rien dit ? Et lui, il l’aimait ? J’ai l’impression qu’il y a dans toute vie une rivière souterraine, qui  pousse à contre-courant ou dans le fil de l’eau mais trop vite et que les gens sont des bateaux de papiers bousculés et ballotés dans les rapides.

Il y en a qui ne se révoltent jamais qui n’essayent jamais de sauter du bateau. Ils descendent le courant résignés, et hagards, je les appelle les brisés, les cassés,  parce qu’un ressort trop tendu,  un jour,  un jour s’est brisé  en eux, et ils n’y arrivent plus, ils ne se battent plus, ils subissent.

Quand j’étais enfant, mes sœurs et moi, on avait un ami qui était venu d’un autre village, il avait habité dans une ferme au milieu de la forêt et il avait apprivoisé un sanglier, c’était une famille de bucherons italiens, une famille nombreuse.  A force de patience, lui, gamin, avait fait du marcassin son compagnon, il l’accompagnait à l’école, le suivait, comme un chien, il nous montré une photo, le sanglier était aussi grand que lui ; quand il est devenu trop gros, son père l’a tué d’un seul coup de fusil. C’était juste avant qu’ils déménagent dans notre village.

Est-ce le sanglier tué ou de vieilles histoires, disait ma mère, tu sais, son père, c’était pas un marrant, il parait qu’avec ses filles et avec Catherine, la sœur handicapée de sa femme qui vivait avec eux, il n’était pas correct, c’était un sale bonhomme son père,  et sa mère c’était pas une commode…  en tout cas, il n’arrivait pas à parler, il était timide, il n’était bien que dans les bois, à douze ans, avec la tronçonneuse de son père, il coupait déjà des arbres, l’année où il est arrivé au village,  il nous  a monté un bûcher de Saint-Jean haut comme la montagne. Il était fort doux et taiseux, il a quitté l’école à quatorze ans pour travailler comme bûcheron avec son père puis aux Eaux et Forêts ; toute sa vie, il a travaillé dans la forêt.

Il n’a pas eu de chance avec les femmes ; la première l’a laissé tomber et il a élevé seul sa fille et la deuxième était pas bien maligne,  elle allait au bistrot avec   lui et buvait autant que lui ; oui, ils buvaient autant l’un que l’autre.

Mais tout le monde le respectait et le plaignait. Il était si gentil, il coupait du bois pour les vieilles du village, il a continué à s’occuper du feu de la Saint-Jean pour la commune, il rendait plein de services,

Il est mort récemment, ma soeur est allée à l’enterrement, je lui ai dit,  il y avait un peu de monde j’espère ? J’avais peur qu’il soit mort dans la solitude et une certaine honte. Elle m’a dit,  j’ai jamais vu l’église de Bayard aussi pleine, il y avait des centaines de gens dehors, pour aller près du cercueil,  le défilé a duré des heures,  tous les forestiers, tous les gens de la montagne, tout le village,  toute la commune,  cet homme n’avait jamais dit une parole méchante de sa vie, il n’avait fait que le bien, tout le monde aurait voulu l’aider, faire quelque chose pour lui, mais quoi ? On n’a jamais su où était sa douleur.

Et même après sa mort,  il n’a pas été bien respecté. Il a même été un peu abîmé.

Il parait qu’il a la tombe la plus étonnante du cimetière. On se détourne pour venir la voir,  sa deuxième femme,  celle qui est pas bien maligne a fait graver en lettres dorées, « si le paradis existe,  je t’attends au bistrot »

Elle a peut-être trouvé ça drôle et gentil, mais ça fait rire tout le monde.