Noir Canicule, Christian Chavassieux, Phebus, 2020

 

Noir Canicule de Christian Chavassieux publié en mars 2020 chez Phebus est un roman où l’on retrouve avec plaisir l’écriture sensuelle et sensible de L’Affaire des vivants. C’est l’histoire d’un couple de vieux paysans de la montagne roannaise qui part dans le Sud à bord du taxi de Lily, un très long voyage en pleine canicule de 2003 pour une mystérieuse destination.

Tout au long de cet aller-retour dans la voiture heureusement climatisée, la narration nous place tour à tour dans la conscience des différents passagers et puis, peu à peu, dans celle de leurs proches, l’ex-mari de Lily, ses deux filles, Rose, la petite trop intelligente et Jessica, l’ado mystérieuse, Bernard le fils du vieux couple qui a poursuivi sans passion, l’œuvre de ses parents, la ferme et le travail acharné de la terre.  Chacun a ses secrets, « ses liaisons dangereuses », Jessica avec un ado riche et vénéneux, Bernard avec une femme mariée qui l’utilise comme amant, Lily avec son ex-mari avec qui elle pratiquait les jeux érotiques dangereux, et avec sa mystérieuse cargaison.

Les personnages se croisent au cours de la journée, s’appellent, ils croisent aussi la mort ou son ombre ou son appel, et la violence, ou le Mal selon une certaine terminologie, en tout cas, le noir. Le voyage se déroule dans l’enfer de la canicule où, comme aujourd’hui, les vieux meurent par milliers avant qu’on ne découvre l’ampleur de la catastrophe.

Dire que l’atmosphère est étouffante est donc une évidence dans le taxi, dans l’appartement du guérisseur, dans la maison de Lily qui attend son homme, dans la tête de Bernard qui rêve à une certaine poutre de grange.

Ce roman pourrait donc paraitre horriblement crépusculaire, un récit d’agonie, celle de Pierre, le beau-père de Lily, de regrets aussi (a-t-on fait tout ce qu’on pouvait pour sauver les vivants, le petit Jacques, l’enfant du vieux couple mort il y a longtemps et qu’ils n’arrivent  pas à oublier) mais pour moi, c’est surtout un roman de lutte, lutte pour arriver à la fin du long voyage, lutte pour continuer à vivre.

Je dirais aussi que c’est un roman étrange car c’est un noir littéraire, d’habitude, dans le roman noir, on un style oral, plus voyou, plus dense, plus bref, là, Christian conserve sa plume élégante, travaillée avec gourmandise, sinueuse, et ses méditations subtiles, serait-il en train d’inventer un nouveau genre ?