Venez écouter Thierry Beinstingel le jeudi 30 mai à 18h 30 à la BM de Lyon

Cycle L’Écriture au travail

Jeudi 30 mai à 18 h 30
bibliothèque de la Part-Dieu

Quatrième dialogue :
Le Langage du travail,
Thierry Beinstingel et
Christian Chevandier

Médiation : Chantal Michel, université Lumière-Lyon 2.

La littérature s’intéresse désormais de façon directe au bouleversement profond que subit l’emploi salarié (ou non). Chercheurs et écrivains de conserve nous aident à prendre conscience et à résister..

En partenariat avec le laboratoire de recherche Passages XX-XXI de l’université Lumière-Lyon 2.

Le guide du démocrate ÉRIC ARLIX ET JEAN-CHARLES MASSERA MISE EN SCÈNE : SIMON DELÉTANG

Courez voir cette pièce!

guide Au Théâtre des ateliers à Lyon,  du 14 novembre au 6 décembre, c’est drôle, c’est décapant . Tout notre discours économique, idéologique, bien pensant, d’un capitalisme heureux et repu est démonté, dissous et dessous, le vide est vertigineux. La phrase qui résume notre situation est:  » Tout seul dans ma maison  individuelle en train de manger une pizza avec mes 300 chaînes »

Les fausses relations internet, les faux plaisirs du shopping et de la baise comme prise de pouvoir, la fausse convivialité d’entreprise,   de soirées défonce, la fausse réussite, le faux amour, tout y passe, tout est laminé.

Nos contradictions, nos petites croyances écolo, notre inertie, notre lâcheté,  tout. Les trois acteurs sont simples et géniaux, inventifs, et observateurs. le dispositif scénique est original et puissant, beaucoup d’actions e passent derrière une vitre ou un store, comme nous  qui vivons derrière le voile du mensonge.

Giono, Fregni, Magnan au Bleuet

joel-gattefosse-a-ouvert-sa-librairie-le-bleuet-avec-quelques-dizaines-de-livres-en-1990-il-compte(1)Chaque fois que je vais dans une librairie à Lyon,  Saint-Claude, j’ai le coeur serré, j’entends, on ne s’en sort plus, on n’y arrive plus, ça devient trop dur!

Alors quand j’ai vu à Banon la librairie Le Bleuet, ça m’a redonné la foi et le courage d’écrire et de lire.

Deux immeubles, une dizaine de pièces, plusieurs étages, des escaliers, des livres, on me dit 45 000, je ne compte pas mais je vois dans l’entrée, en gloire, en majesté, toute la Pléiade, toute la collection des Cahiers rouges, tout Actes Sud, et surtout les beaux romanciers que j’aime,  tous leurs livres sur des présentoirs, tous les Frégni, les Giono, les Magnan, les fils de Manosque, ? tout près.

Et plein de monde, il est midi, il fait chaud, ce n’est pas les vacances, et ils   achètent, ils sortent avec les sacs le Bleuet après dans le village,on les reconnaît, beaucoup sont venus exprès et, paraît-il, parfois de très loin.

Et tout ça est venu d’un homme, d’un rêve, Joêl Gattefosse, ouvrier menuisier, de l’Essonne, qui, à cinquante ans, a tout plaqué pour venir acheter une librairie papeterie à l’agonie. Succès de bouche à oreille, succès d’initiés.

On sent là un amour inconditionnel, une science sûre, une expertise et une audace tranquille, celle de ceux qui savent parce qu’ils ont lu, tout lu, tout ce qui sort et qui est bon et qu’ils le conseillent, parce qu’ils savent qu’ils vont offrir du bonheur, c’est tout, ce n’est pas difficile!

Petites gouttes de pérégrinations littéraires, Jura, du 13 au 17 octobre 2011

P1040452P1040456La solitude d’Edith Azam, grand et fragile poète, dans les brumes de Croaby, elle se concentre, elle va nous livrer des morceaux de sa chair, de sa douleur, elle va à l’os, elle dénude le nerf, elle plonge tout au fond.

La danseuse, Jason, elle aussi côtoie le vide, à  la Roche Blanche, elle le souligne, ses gestes ourlent la falaise.

Ces artistes sont toutes deux des acrobates de la lumière et des profondeurs.

Je voudrais parler aussi de la grande humanité de Denise Mutzenberg fondatrice et animatrice des Editions Samizdat, en Suisse. Elle me raconte l’aventure de cette maison d’ Editions, entre Histoire et fidélités familiales, le père était typographe, la sœur jumelle écrivain, le fils voyageur et dessinateur. Elle écrit en Romanche, une langue autre, pour ne pas écrire dans la langue et sur le territoire de sa sœur, elle trouve enfin sa langue de poésie.

Jacques Moulin me parle du pays de l’enfance, pays de l’absence, et renacle quand Julien Blaine clame son mépris de la poésie à  la queue leu leu. Après, Julien Blaine explique qu’il désigne par là  la poésie serrée dans les alexandrins, qui l’empêchent de respirer, de se dire, de se gueuler comme la sienne.

Et ses cris sur la place devant la statue de Désiré Dalloz, dada, dada, daloz, et la place qui deveint forum, rien ne se résout mais la parole est lâchée et les cœurs parlent.

Ce qu’il faut dire aussi, c’est que le paysage jurassien, sa puissante ossature de falaises, de barres rocheuses, étincelantes, serties dans les verts coupants des pics et les jaunes dorés des foyards, les trous, les abîmes, les précipices, la violente beauté de ces reliefs est Poésie.

Ecrire avec Patrick Laupin

p>patrick LaupinAtelier avec Patrick Laupin

Une petite dizaine de passionn?s, Marie-Do, restauratrice ? La petite madeleine, Anne, institutrice, Jeanne, Claude, Monique et sa s?ur qui viennent en train, R?gis,? Jeanne?.

Nous sommes chez? un psychanalyste, il y a des livres d?analyse, des bouquets?

Et Patrick Laupin.

Pendant longtemps, ?il parle de sa voix d?or et nous on ?coute, on note, la consigne ?d??criture arrive, ??gliss?e au milieu de tous ses mots, de tous les livres dont il nous parle, des ?crits des enfants malades, des coll?giens, des? souvenirs? de sa m?re, ?de son enfance, de ses doutes. Il est le ?partageur inquiet, le donneur fi?vreux, ses livres, ?qu?il m?lange, sont enti?rement annot?s, soulign?s, il ?crit sur les pages de garde, les impaires, partout, son ?criture se r?pand, imp?rieuse et tout en lisant ?des passages de ses compagnons d??criture, Duras, Proust, Michelet, Leynaud, Platon, Bednarski, Grossman, Baudry, Morgi?ve, il nous livre ses secrets?:

?Je partage avec vous quelques-uns des mots retenus?:

??L??criture, c?est quelque chose qui bouge ? l?int?rieur du corps et qui emporte du pr?cieux. On perd rien ? penser que ?a vous a ?t? donn? par quelqu?un d?autre.

On a tous ?t? un enfant sans parole, infans, celui qui reste muet aupr?s des choses, l?aphasie originaire.

Des pages surgissent des biographies et nous ?clairent sur l?humain.

Rentrer dans le lieu o? on est cr?ateur, un lieu pr?cieux comme de l?or, on peut mourir si on l?oublie.

Il y a une ?criture dans l??criture, ?ce qui cherche ? parler.

Ramener quelque chose au jour, l?enfant mal accueilli est pr?t pour la dissolution et l??clatement

Il n?y a rien de pire que chercher ? bien ?crire, c?est dans les liens, les mots sont bifides, ?? double entr?e, il faut se laisser faire par eux..?

Chacun est digne d?une histoire

Ecrire le c?t? faible, quelque chose qui s?avance et se trouve presque d?pouill??? l? o? on est pataud, l? o? on boite.

Trouver son identit? d??criture

Ecrire sur les cachettes du temps, les plis du tissu, o? il n?a pas boug?, ?o? il est blotti, intact

On a beaucoup d?inqui?tude, on ne devrait pas. C?est toujours quelque chose? du c?t? de la vie, ne ?pas se moquer de l?informe, de l?immobile?

O? ?a peut na?tre?? L?acte courageux d?accepter de se tromper.

La voix devient m?morielle du d?but ? la fin.??

La fiancée des oiseaux

9782070132218La fiancée des oiseaux, Gallimard, 2011

René Frégni

J’ ai acheté aux Quais du Polar à  Lyon le dernier texte de René Frégni parce que j’aime l’écrivain et l’homme. Deux fois, par le plus grand des hasards que je lui parle, une fois à Salon de Provence et cette fois, à Lyon. Et je suis encore cette fois touchée par son humanité et sa simplicité,et nous parlons d’écritures. Il me dit à peu près ceci: J’ai trouvé ma voix, la plus juste pour moi. Giono a dit que Shakespeare est le plus grand écrivain provençal, quand un écrivain parle de l’homme, il parle de tous.

La fiancée des oiseaux raconte un an de vie d’un écrivain qui n’en fréquente pas. Sa fille est partie, il s’occupe de Lili, un vieillard retombé en enfance, il aime la fille de Lili, institutrice  de maternelle, il travaille dans les champs, se promène, aide un ancien détenu  à écrire, se promène, regarde ses jeunes voisins vivre, va boire un café, lit beaucoup, se promène, va très  rarement voir un ami peintre.

Il n’ y a rien que la couleur des collines, des ciels, des vignes, la récolte des olives, et la tristesse d’avoir laissé partir sa fille. Et pourtant, ces fragments nous donnent furieusement envie de lire, de marcher dans les collines, de nous occuper des vieux, de regarder le soir tomber, de ne plus avoir peur de nos insomnies ni des départs de nos enfants. Ce texte nous réconcilie avec nos angoisses, nos solitudes, nous donne envie d’aimer mieux.

Il dit simplement et c’est déchirant:

On vit dix-huit ans avec son enfant, sa fille, un beau jour, elle s’en va. Pendant dix-huit ans, on partage tout, on se baigne dans des criques, dans des lacs, on pèche, on se cache dans les arbres, on se déguise, on va au cinéma, on invente des histoires de sorcières, de princesses, de loups et brusquement, c’est fini. Cette vie s’arrête et votre enfant, cette jeune fille part vivre une autre vie, sa vie, qui n’aura rien à voir avec tout ce que vous avez vécu et partagé chaque jour jusque là. L’appartement n’a pas changé autour de vous, sa chambre d’enfant, Juliette son ours, les vêtements qu’elle a laissés dans les tiroirs de sa commode. Pour elle une autre vie commence, et on se dit que c’est normal, c?’st ainsi depuis la nuit des temps, et rien ne vous paraît plus anormal, plus absurde, plus brutal.  p 160, 161.

Et on pense qu’on aurait dû dire aussi en écriture combien c’est cruel et déchirant de laisser partir, mieux, d’encourager à partir, avec le sourire, ses deux filles la même année. Et on se dit qu’il n’y a que l’écriture pour accueillir nos plus grands cris muets.